Zuhar Iruretagoiena récompensée

Lauréate du prix Gure Artea 2025, la sculptrice Zuhar Iruretagoiena met en avant le processus créatif qui permet de transformer l'artiste et la société.

Née à Zarautz, Zuhar Iruretagoiena a étudié la sculpture aux beaux arts avant de défendre sa thèse à l'université de Bilbo où elle enseigne aujourd'hui. C'est une oeuvre de Camille Claudel aperçue au musée Rodin lors d'une voyage scolaire avec le lycée à Paris qui a déterminé sa passion pour la sculpture. Bien qu'elle pratique aussi la vidéo ou la photographie, Zuhar Iruretagoiena envisage sa démarche artistique à partir de la sculpture. Ainsi elle explique : " Pour moi, les sensations passent d'abord par le corps, et la sculpture établit précisément la communication entre deux corps. " En outre, elle s'intéresse davantage à la manière de faire plutôt qu'au médium, car les artistes se transforment en réalisant leurs oeuvres. Autrement dit, le processus créatif prévaut sur l'oeuvre : "c'est l'art qui fait l'artiste."

Selon Zuhar Iruretagoiena, la création possède une dimension sociale importante : il a le pouvoir de transformer la société en changeant le regard du public sur le monde. Les émotions transmises par les oeuvres changent la manière de penser des citoyens. "La création exige beaucoup de travail et d'artistes pour amener plus de clarté à notre monde qui en a de plus en plus besoin. Je pense que l'art peut transformer le monde.", précise Zuhar Iruretagoiena. Plus généralement, la dimension esthétique des oeuvres modifie la conscience individuelle et collective.

La question de l'art basque est aussi inévitable. Aux beaux-arts de Bilbo, la compréhension de l'art en général impliquait l'étude de la sculpture basque, notamment la pensée d'Oteiza. Cet enseignement constitue la base pour déconstruire et dépasser les codes. Comparées aux générations précédentes, majoritairement masculines, les femmes artistes travaillent aujourd'hui à partir d'une sensibilité différente : elles permettent le rafraichissement continu de l'art basque, surtout dans le domaine de la sculpture. Comme la place du corps féminin n'est pas la même dans notre société et renvoie à d'autres paramètres, cette façon d'être au monde aboutit à la réalisation d'oeuvres originales.

A la question de savoir s'il existe un "art basque", Zuhar Iruretagoiena considère qu'au-delà des personnalités et des approches différentes, les artistes sont nourris par un entourage commun et partagent une certaine parenté. L'absence de spectaculaire serait une caractéristique majeure de l'art basque, de même que l'importance accordée au processus créatif et à la matière. Enfin il y a le sentiment de construire un héritage commun, de sorte que l'art basque repose sur la notion d'engagement. " J'ai conscience de faire partie d'un réseau où il n'y a pas de compétition ni de conflits entre nous, précise Zuhar Iruretagoiena. Certes mon travail est individuel, mais nous partageons des attentes et des inquiétudes similaires. Le gouvernement basque soutient la création contemporaine avec des bourses et des prix qui écartent de possibles conflits entre nous. J'imagine que cet investissement dans la création artistique vise à la construction d'une culture distincte."

Le travail de Zuhar Iruretagoiena s'inscrit dans la lenteur. Si la sculptrice réfléchit beaucoup à ses oeuvres, elle dispose de peu de temps pour leur réalisation. Même quand elle se met à l'ouvrage avec une idée claire, elle en dévie très vite. Elle tâtonne dans le petit atelier aménagé dans sa maison où les oeuvres se font à leur rythme.

Les Paniers sont parmi les sculptures les plus emblématiques de Zuhar Iruretagoiena. Elle les crée au plus proche de la matière, sans forcer, par une accumulation de gestes subtiles, à la manière des artisansjaponais qui plient doucement l'osier pour réaliser leurs ouvrages sans jamais contraindre la matière. Cette façon de faire un objet a une certaine proximité avec la maternité. Ce corps à corps est une véritable négociation avec la matière. En quelque sorte, pour Zuhar Iruretagoiena, le respect de la matière estessentiel car l'humanité de l'artiste s'enrichit en produisant son oeuvre.

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