Une enquête artistique sur La source de l'aube

Durant la visite guidée de l'exposition Egu Iturri au Bellevue, Zigor évoque ses réflexions attachées à une oeuvre connue pour sa beauté savante et mystérieuse.

Avec l'élégance simple du dandy, Zigor salue les visiteurs et commence un long voyage poétique, qui part de l'obscurité vers la lumière, en passant par Egu (l'aube), figure emblématique de la mythologie basque. A l'entrée de l'exposition, il nous montre les signes creusés dans la terre, cet écho émouvant aux traits du proto-langage d'il y a 45000 ans. D'ores et déjà le ton de la visite est donné : ce parcours artistique inclut le savoir pour interroger l'évolution de l'humanité.

Ensuite, la grande salle obscure nous plonge corps et âme dans le chaos des origines d'où émergent des oeuvres par centaines. Zigor attire notre attention sur les textes inscrits aux murs, sortes de haïkus, de poésies évasives et subtiles qui accompagnent la narration de son histoire vers la lumière. Il nous indique déjà l'aube, au fond de la salle, symbole du christianisme et du récit de la création du monde, que la mythologie basque, épanouie dans l'éternité circulaire, ignorait. Toujours dans cette cathédrale pariétale, où la lueur et l'obscurité se démêlent, Zigor évoque la panique des habitants des grottes d'Oxocelhaya, jamais certains du retour du jour. Avec le désir de faire partager cette expérience ancestrale, il indique les falaises d'acrylique blanche sur les toiles noires. Car l'aube ignore les couleurs.

Avançant d'un objet à l'autre, Zigor éveille la curiosité, les sens, invite à toucher la matière et à regarder les ombres portées des sculptures. Il y a des "rochers en larmes", des formes humaines extraites d'un morceau de platane ou de chêne vert, et partout les tensions en devenir, l'énergie formatrice qui traverse un monde où la matière et l'esprit se répondent, comme si déjà nos âmes coulaient dans les veines du bois. A coup sûr, l'oeuvre polymorphe de ce poète panthéiste fait renaitre le mystère du monde sous nos yeux.

En chemin vers la lumière, Zigor désigne les nombreuses croix plus ou moins bien formées qui émergent de la matière et nous mènent jusqu'à la photo de l'aube, au fond de la salle, où la grande croix dressée à côtés des figures tutélaires de la mythologie basque incarne une foi syncrétique, sorte d'approche mystique de l'univers. En somme, la scénographie de l'exposition unifie à merveille l'invention des signes, le passage du mythe à la religion et la source de l'aube. Maintenant apparaissent des triptyques colorés où des hommes dansent. Des animaux aussi. Le dos tourné à ces peintures rupestres, Zigor énonce d'autres questions posées par son oeuvre : comment vivre ensemble et en harmonie avec la nature ? Après quoi il se penche au-dessus des nombreuses petites sculptures disposées sur deux tables, pour les définir avec humour comme un "témoignage archéologique" de son travail créatif.

La visite continue avec l'éblouissante lumière naturelle de la salle blanche qui donne sur la grande plage. Zigor y présente son "bricolage", ses cahiers à dessin, un carnet japonais déplié en frise de rochers, dont certains existent à Biarritz, sans que personne sache lesquels avec certitude. L'artiste qui se dit avant tout feignant, contemplatif surtout, regrette que nous ne voyons plus le monde où " le chaos s'organise d'une façon miraculeusement sublime ", à l'instar de ces rochers.

Cet infatigable conteur répond aux questions, avale une gorgée d'eau et entre dans la salle dédiée aux photographies du Pays basque où nous vivons aujourd'hui : l'aube, encore une fois. Mais ici, le choc vient de l'inquiétante étrangeté de ces lieux noirs et blancs, sans cartel, rendus à leur mystère. Disposées autour du cube blanc où sont inscrits les mots de la genèse, six intenses photos incarnent les premiers jours du monde. En quelque sorte, Zigor a récapitulé le passé pour nous aider à mieux voir le présent. A la lumière de son art.

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