La peintre du lien sensible avec le paysage vivant
À Donostia, la fondation Cristina Enea présente Une conversation avec le paysage d’Aurora Bengoechea. Jusqu’au 14 juin, la rétrospective partage son dialogue sensible avec la nature.
Aurora Bengoechea est la peintre du paysage enchanté. Ses toiles poétiques et colorées font souvent écho à l'univers de Marc Chagall. Sa palette de couleurs reste celle des songes, avec une dimension écologique puissante. Décédée d'un cancer en 1991, ses peintures à l'huile qui rapprochent le paysage du corps sont plus actuelles que jamais. De fait, la fusion entre l'humain et la nature structure ses toiles. Avec les illusions d'optique réversibles d'Aurora Bengoechea, des corps émergent des paysages vallonés. Les lignes des reliefs forment un dos, des visages ou des figures enlacées. L'artiste révèle "la chair" de la nature, au sens de Merleau-Ponty. En d'autres termes, la peintre et le paysage sont faits de la même matière sensible. Son art n'est pas une représentation du réel, mais le lieu privilégié où l'humain et la nature se rejoignent dans leur appartenance à un même tissu charnel. Il revient au public de trouver la bonne distance vis à vis des oeuvres pour mieux voir apparaître la fusion fantastique des corps humains et des paysages basques.
Aurora Bengoechea dévoile la nature avant qu'elle ne soit analysée par l'intelligence. Elle refuse ainsi de séparer le sujet qui regarde et l'objet regardé. De même, au lieu de peindre ce que son oeil perçoit, elle projette une intimité humaine au paysage. Ses oeuvres montrent à quel point nous sommes "englués" dans le monde. Son engagement précoce en faveur de l'écologie souligne la perte du lien avec la nature. Par le travail de l'imagination, l'artiste transforme la réalité en découvrant des formes hybrides qui font émerger des figures humaines du paysage. En somme, l'importante rétrospective de la fondation Cristina Enea révèle combien la vie et l’œuvre d’Aurora Bengoechea tendaient vers une coexistence harmonieuse avec la nature.