La restauration de la fresque réalisée il y a 50 ans par José Luis Zumeta à Usurbil rappelle le rôle de l'art pour la vie d'une nation

En 2018, la grande exposition rétrospective du musée basque de Bayonne, Gaur 1966, l'art basque sous le franquisme, résistance et avant-garde avait souligné le rôle éminent de Zumeta en faveur de la renaissance culturelle du Pays basque. En compagnie d'Amable Arias, Mikel Balerdi, Nestor Basterretxea, Eduardo Chillida, Remigio Mendiburu, Jorge Oteiza, Jose Antonio Sistiaga, Jose Luis Zumeta fut considéré comme le plus grand peintre non figuratif de sa génération.

Dans toute l'Europe comme aux Amériques, l'artiste d'Usurbil connut un brillant parcours international, en demeurant toujours fidèle à la volonté de partager l'art avec le public pour lui offrir de nouvelles perspectives sociales. De fait, Zumeta réalisa des couvertures de livres et des pochettes de disques mémorables, capables de sensibiliser de nouveaux publiques à l'art contemporain. Le peintre abstrait effectua surtout des grandes fresques publiques dont l'énergie communicative vivifièrent le quotidien de certaines villes basques.

En 1973, il réalisa son oeuvre la plus ambitieuse à Usurbil, non loin de Donostia : une fresque en céramique de 145 m². Pour ce projet public de grande envergure, le peintre travailla autrement les formes et les volumes. Avec 16 mètres de large sur neuf mètres de haut, cette fresque abstraite, l'une des plus grandes d'Europe, présente de multiples formes qui zigzaguent et de puissantes couleurs. Réalisée au dos de la paroi du fronton municipal, l'oeuvre réunit l'espace traditionnel de la place historique et la nouvelle place en construction à l'époque. Ainsi la fresque incarne la notion d'art pour tous. Sa création renvoie à une expérience publique et collective qui rappelle la façade d'Arantzazu réalisée par Oteiza ou les oeuvres monumentales de Chillida.

Si, en accord avec la récupération des arts traditionnels par le mouvement Arts and Crafts, Zumeta revendique le monde artisan de la céramique, la puissance de son chromatisme et sa maitrise de l'informel répondent à la fièvre de la scène underground américaine, notamment à la rage créatrice de Basquiat.

Sans aucune compromission avec les aléas du marché, la fresque de Zumeta prône un certain lâcher prise, une confiance en l'instant. Avec ses noirs profonds mêlés aux couleurs vives, la palette de Zumeta fait écho au bonheur tragique de notre époque. L'artiste bouleverse l'ordre établi en révélant la beauté du désordre aux racines du monde. Le peintre semble avoir beaucoup à nous offrir en ce qui concerne l'aventure de la joie. Sa poésie audacieuse est devenue la source de jouvence pour de nombreux artistes en manque d'enthousiasme.

Disparu en avril 2020, le grand peintre non figuratif conçoit que le Pays basque peut renaître tous les jours grâce au plébiscite de l'art. Une telle approche correspond à la célèbre conférence d'Ernest Renan Qu'est-ce qu'une nation ? : "Ce qui constitue une nation, ce n'est pas de parler la même langue, ou d'appartenir à un groupe ethnographique commun, c'est d'avoir fait ensemble de grandes choses dans le passé et de vouloir en faire encore dans l'avenir."

Redonner à la fresque d'Usurbil ses couleurs d'origine va bien au-delà des dimensions esthétique et patrimoniale, car il est question de valoriser l'héritage du groupe Gaur aujourd'hui, et demain. Insérée dans la vie publique, l'oeuvre de Zumeta est atemporelle. Les formes et les couleurs expressionnistes de la fresque d'Usurbil communiquent une vitalité créatrice qui nous rend capables d'affronter l'avenir.

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