Destruction de l'arbre et folie humaine

La galerie Arte Bideak expose "l'arbre et sa forêt de signes" de Aitor de Mendizabal, un plaidoyer qui reconsidère la place du végétal dans la société. 

De son enfance au Vénézuela, Aitor de Mendizabal a le souvenir subjugué d'une nature luxuriante. Aussi l'obsession pour les arbres constitue l'épine dorsale de son parcours d'artiste jusqu'à aujourd'hui. Grâce à un large savoir scientifique acquis en autodidacte, Aitor de Mendizabal explore l'essence des arbres au-delà de leur apparente simplicité. Et si l'exposition présente des pièces qui attirent l'attention sur les formes visibles, d'autres pièces dégagent des éléments invisibles, notamment la puissance souterraine des racines. Les peintures, sculptures ou encres de chine capturent la vie secrète des arbres que la science explore depuis peu. L'artiste admire surtout la verticalité de l'arbre qui incarne une spiritualité en acte. Il attire l'attention sur l'immobilité, la quête de lumière, l'effort d'élévation ou la résistance stoïque. Dans notre monde voué à la démesure, les arbres incarnent un modèle contraire d'harmonie, vu que leurs singularités s'accomplissent dans le collectif de la forêt.

Voilà pourquoi Aitor de Mendizabal s'insurge contre la transformation génétique imposée à la nature en général, et au végétal en particulier. Comme les mégapoles s'élèvent sur le cadavre tragique des forêts, on élague, on tranche dans cette vitalité débordante devenue incompatible avec l'espace urbain, lieu par excellence de la domination totalitaire. Avec cette figure de totem cadavérique, la sculpture Arbre urbain évoque ainsi le végétal passé à la torture. Une telle sauvagerie tient au fait d'avoir oublié notre dette envers ceux qui ont fourni l'ombre, l'abri, les fruits, le bois, les paysages sans lesquels l'humanité serait autre. Les arbres d'Aitor de Mendizabal revendiquent bien une sagesse sensible; l'art de survivre à la folie humaine.

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