Des réalités vues à travers l'objectif d'Isabel Azkarate

Avec la première rétrospective consacrée à la photo-journaliste Isabel Azkarate, la fondation Kutxa présente à la Tabakalera une sélection de 300 oeuvres qui révèlent les aspects multiples de son travail.

Le visiteur est accueilli dans la salle Artegunea par le portrait de groupe des photographes qui assistent au festival international de cinéma de Donostia en 1988. L'image gigantesque est centrée sur la seule femme au milieu des innombrables confrères : Isabel Azkarate. La rétrospective qui porte le nom de la première femme photojournaliste du Pays basque retrace son incroyable parcours professionnel où la douleur des conflits et le glamour des paillettes se mêlent aux scènes de la vie quotidienne. Au-delà de l'approche chronologique détaillée en sept chapitres, l'empathie du regard d'Isabel Azkarate procure une profonde harmonie à la sélection de ses 300 clichés pris entre 1979 et 2006.

La première série de photographies correspond aux années d'études à Barcelone, lorsque la jeune femme documente la vie courante des catalans à la toute fin des années 70. La deuxième section renvoie à sa découverte des Etats-Unis, plus précisément de New York où elle approfondit sa formation comme photographe de rues. Des scènes en noir et blanc, plus artistiques, témoignent ainsi de la pauvreté de la ville insomniaque et de son ambiance débridée avant l'apparition du Sida. Par ailleurs, son reportage impromptu au lendemain de l'assassinat de John Lennon saisit l’intensité des émotions lors de la minute de silence effectuée à Central Park.

Au centre de la grande salle, la rétrospective montre le travail d'Isabel Azkarate en tant que photojournaliste pour La Voz de Euskadi après son retour au Pays basque. Il s'agit d'un important témoignage historique sur les "années de plomb" et les souffrances d'une population soumise aux conflits sociaux et politiques qui ont suivi à la difficile transition démocratique. Suite aux attentats de l'ETA et à ceux du GAL, Isabel Azkarate photographie de cadavres sous des couverture, portés par des civières, ou encore de la cérémonie religieuse à Baïgorri après l'assassinat de Rafaël Goikoetxea. D'autres reportages sont focalisés sur un hôpital psychiatrique, ou encore une prise d'otages surréelle lors d'un braquage à main armée dans le quartier Herrera de Donostia.

A la même époque, Isabel Azkarate photographie la vie quotidienne dans la communauté autonome basque. A l'intérieur des terres, ses images sobres saisissent le labeur et les joies, les costumes et les fêtes, comme pour rendre hommage à la beauté proche, avec par exemple la nuque d'un vieil homme au béret, d'une dignité sans faille. Cet aspect plus lumineux du Pays Basque ne tombe jamais dans la carte postale. Loin de la simple curiosité ethnologique, Isabel Azkarate s'intéresse également aux aspects de la vie urbaine dans le Guipuzkoa. Au terme de cette première salle, la projection d'une série d'autoportraits donne à voir l'évolution physique de la photographe tout au long de ces décennies de travail intense.

A l'étage, la section Une vie / Un voyage montre les événements officiels couverts dès 1985 par Isabel Azkarate à l'occasion de son travail pour la députation du Guipuzkoa. Avec la série Le Cirque sans masque ni artifice, Isabel Azkarate partage l'univers d'une famille de saltimbanques autour du chapiteau et sans public, près de New York. Enfin le chapitre Art et Part présente les artistes basques de son entourage, de Chillida à Zumeta, en passant par Goenaga et Sistiaga. En face sont aussi présentées des icônes de la scène rock internationale tels que Iggy Pop, Tina Turner et l'ambiance survoltée de nombreux concerts. Quant aux images plus glamours du festival international du film de Donostia, elles montrent Ursula Andress, Harvey Keitel, John Travolta, et surtout le dernier portrait de Bette Davies pris en 1989 : sa plus célèbre photographie à travers le monde.

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Patxi Beltzaiz