Les portraits de Ken Wong Youk nous confrontent aux femmes

Invité d'honneur du cinquième festival de photographie Begirada, Ken Wong-Youk-Hong expose “Mémoires de femmes”. L'artiste joue la beauté contre l'oubli.

Est-il possible d'apercevoir l'image globale de la femme à partir des 12 portraits de personnes d'origines, d'âges et de situations diverses ? Voilà un pari artistique ambitieux. Saisies à travers le prisme de sa subjectivité, Ken Wong Youk expose 12 vies singulières, aux antipodes les unes des autres, mais dont les efforts du quotidien participent des mêmes combats. Qu'elles soient urbaines ou rurales, vivant ou non dans la rue, les femmes restent la même dans l'autre et l'autre dans la même. L'accrochage des photos repose sur un subtil jeu de miroir grâce auquel les touches de couleur et les gestes se répondent pour faire émerger la complémentarité des femmes. Ainsi l'harmonie secrète des visages consacre le portrait robot de la combattante. Loin des échantillons du féminin, Ken exalte leurs luttes qui ne sont jamais finies. Son regard est d'une actualité déchirante.

Avec le flash, Ken porte ses héroïnes à la lumière. Il utilise le flash à la manière d'un scalpel pour faire ressortir la vie intérieure, le feu secret de l'âme brûlant en chacune d'elle. Par ailleurs, cet amour fou pour Elise, sa femme, illumine l'ensemble de ces images empreintes d'une puissante dimension sentimentale. Son engagement physique fait ouvrir les yeux pour écouter battre les coeurs. Avec une proximité de l'ordre du confessionnal, nous devenons leurs intimes sans être jamais voyeurs. Prises sur le vif et sans retouche, les photos de cet autodidacte présentent des poses classiques, proches des tableaux, voire de l'icône. Ces images renvoient aussi aux plans de son imagination passionnée de cinéma. Ken les montre comme des héroïnes de l'Antiquité afin de créer notre mythologie quotidienne. Il donne à voir leurs combats extra-ordinaires. Par exemple, un tiers d'entre elles vit dehors. D'une force incroyable, ses photos consacrées à des amis de la rue (les SDF selon l'acronyme qui les efface) ont fait la notoriété de Ken. En révélant leurs beautés et leurs espoirs, il rend visible ceux qui vivent dans l'angle mort de nos regards.

Les images de Ken Wong Youk donnent le sentiment que l'Autre est ma soeur. Le visiteur quitte la salle avec le souvenir ému de Manon, Nora, Margaux et Charlotte, Lily, Aaron et d'autres encore. Avec la certitude de ne jamais plus oublier leurs combats.

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Marion vacca