Modernité spirituelle d'Arantzazu
Chef-d'oeuvre de l'art et de l'architecture, la basilique d'Arantzazu manifeste la forte dimension spirituelle de l'avant-garde basque.
Dans le Guipuzkoa, à une dizaine de kilomètres d'Onati, la singularité de la basilique d'Arantzazu interpelle les consciences. Cette oeuvre collective de l'avant-garde basque adresse aujourd'hui plus que jamais un message critique face au désoeuvrement matérialiste.
A 750 mètres d'altitude, la basilique prend place au sein du complexe monastique du sanctuaire d'Arantzazu, lieu d'une apparition de la vierge au moyen-âge, occupé depuis le début du 16ème siècle par les franciscains. Dans un site naturel impressionnant, cet édifice intemporel réunit le modernisme artistique le plus épuré à la tradition religieuse la plus mystique. Après le concours lancé en 1950 pour la réalisation d'une nouvelle basilique, le projet sélectionné des architectes Francisco Javier Sáenz de Oiza et Luis Laorga fait intervenir les sculpteurs Jorge Oteiza pour la façade principale, Eduardo Chillida pour les portes en fer de l'entrée principale, et plus tard le peintre Néstor Basterretxea pour décorer la crypte. Ce lieu de résistance au franquisme et à l'académisme devient ainsi le berceau de l'art basque contemporain. Bien que l’évêque de Donostia s'opposa aux travaux en invoquant la perte de l'art sacré, le Concile Vatican II consacra la basilique en 1969.
Le geste architectural d'Arantzazu répète fidèlement le voeu de pauvreté de Saint-François d'Assise, tandis que les formes, les proportions et les matériaux de l'édifice entrent en communion avec la nature. D'une part les pierres taillées en pointe du campanile symbolisent les épines de la végétation, d'autre part la façade de calcaire avant-gardiste abrite la profonde dimension spirituelle du bâtiment dont l'intérieur brut a été expurgé de toute pompe. En l'absence de colonnes, la nef centrale délimite un espace épuré jusqu'aux murs latéraux qui dissimulent les confessionnaux. La voûte recouverte de bois et les grandes baies généreuses en luminosité sont une invitation au recueillement. Sur l'autel, la figurine de la vierge est enveloppée par l'abside qui offre une perspective vertigineuse sur la nature d'Arantzazu, et au-delà sur le cosmos, afin de communier avec le mystère de la vie.
Le dénuement de l'édifice incarne sa dimension spirituelle dans la mesure où la place faite au vide ramène à la vie intérieure. En effet, la déambulation dans cet espace désencombré aboutit à une certaine expérience du détachement et nous rapproche ainsi de quelque chose d'insaisissable. Nul besoin d'avoir les yeux de la foi pour saisir l'énergie spirituelle de cet espace architectural qui fait éprouver au visiteur la dimension d'un lieu ouvert sur la transcendance. L'énergie dégagée par le site stimule la contemplation et la méditation du public qu'il soit croyant, athée ou agnostique.
Dans cet ordre d'idée, la fondation des architectes Haiku a fait paraître en janvier le Bréviaire d'Arantzazu afin de constater la dimension métaphysique de la basilique à partir de nombreux témoignages de poètes et d'artistes. Les architectes Carmina Dovale et Emilio Varela, instigateurs de l'ouvrage, montrent en détail dans quelle mesure la basilique repose sur "l'accueil du silence et de l'absence".
Au final, l'architecture d'Arantzazu offre une critique poétique et mystique de l'époque. Une telle oasis de sobriété n'est-elle pas un possible remède au bruit et à la fureur de ce nouveau millénaire ? Cet usage du vide ne constitue-t-il pas le supplément d'âme nécessaire pour une société saturée de techniques et de biens de consommation ?