Explorations poétiques de l'anthropocène
Le centre Azkuna de Bilbao accueille l'exposition Allora & Calzadilla: Klima. Les six oeuvres du couple d'artistes donnent à réfléchir sur le changement climatique.
Jennifer Allora et Guillermo Calzadilla explorent le temps géologique, l'évolution de la vie, la géopolitique, la dette climatique et les sources d'énergie. En grec, Klima signifie l'inclinaison des formes de vie pour le soleil, et le duo d'artiste réalise des oeuvres au croisement de la culture, de l'histoire et de l'esthétique.
17000 fleurs de l'arbre caribéen tabebuia présentant divers degrés de décomposition jonchent le sol pour manifester les effets conjoints de l'exploitation coloniale et du changement climatique. Si les apparences de ces fleurs réalisées en polychlorure de vinyle plaisent au regard, elles représentent aussi une mise en garde sur le devenir des plantes. Au centre de la grande salle gît l'immense cadavre d'un arbre carbonisé par la foudre. S'il cristallise les sources d'énergie émanant de la lumière solaire, l'arbre est aussi l'allégorie de la destruction progressive de la planète. Dans la pièce contiguë, les artistes ont suspendu un petit morceau de roche vieux de 4 millions d'années pour nous connecter avec les origines de la planète. Sur tout un mur, le paysage noir et blanc abstrait de "Cadastre" est produit par l'électromagnétisme qui a composé la limaille de fer déposée sur une toile en une multitude de lignes et de formes.
Par ailleurs, l'animation digitale qui projette dans la salle les effets de la lumière solaire à travers le feuillage reproduit en temps réel la position du soleil sur Bilbo. Enfin, dans l'auditoire, une vidéo intitulée "Le Grand Silence" a été directement reliée au radiotélescope de Porto Rico pour faire entendre l'ultime population des perroquets Amazones de Porto Rico, en voie d'extinction.
Le couple qui réside à Porto Rico aime à combiner les différents médias tels que la sculpture, les vidéos, les bandes audio et la photographie. Si l'intérêt principal de cette exposition tient aux multiples niveaux d'interprétations qui stimulent l'imagination et les sens du public, on peut toutefois regretter la faible visibilité des projections murales qui diminuent l'expérience esthétique. Après avoir représenté les États-Unis à la biennale de Venise où le couple d'artiste a pu critiquer le nationalisme politique, culturel et économique de leur pays, nul doute que Jennifer Allora et Guillermo Calzadilla disposent d'une source d'inspiration inépuisable pour les années à venir.