La sculpture, autre continent artistique de Pablo Picasso
Avec l'exposition "Picasso sculpteur. Matière et corps", le musée Guggenheim célèbre les 50 ans de la disparition du maître en accueillant ses plus belles sculptures.
Le Guggenheim a collaboré avec le musée Picasso de Malaga dans le cadre de la commémoration du 50ème anniversaire de la mort de l'artiste. Le grand public méconnait l'importance de la sculpture tout au long de l'infatigable carrière créatrice de Picasso. On découvre que la figure humaine est, comme dans sa peinture, déterminante pour les oeuvres en trois dimensions. Le travail sur la matière aussi est incroyable : le bois, le bronze, le fer, le ciment, l'acier, l'argile cuite, les pièces en tôles, le plâtre, ou bien l'inclusion d'objets quotidiens pour des assemblages stupéfiants. Ces sculptures traversent les nombreux styles qui ont établi la gloire de Picasso : le classicisme, le cubisme, l'abstraction, le primitivisme.
Au lieu d'étaler les oeuvres comme les marchandises d'un supermarché, l'exposition offre un espace qui honore chacune d'elle et permet au visiteur d'en faire le tour. Les sculptures semblent respirer dans les grandes salles blanches pour nous faire sentir le souffle du génie. Il faut de l'espace pour La femme au vase, avec ses monumentaux et déroutants aspects cubistes. L'énorme tête en ciment de La femme de Boisgeloup donne l'impression d'être le produit d'une culture aussi exotique que celle de l'île de Pâques. La mise en scène des 6 Baigneurs en bronze dans une salle baignée de lumière semble dresser la quasi totalité des formes géométriques en totems de l'art face aux spectateurs. Des pièces autobiographiques sont aussi émouvantes par leur histoire, telle la Femme enceinte au ventre plein de son enfant à venir avec Olga.
Amoureux des femmes, Picasso n'aura été fidèle qu'à son génie. Ses oeuvres atemporelles appartiennent simultanément au passé, au présent et au futur de l'art. Elles donnent l'impression de visiter une civilisation perdue avec ses différents âges, ses différents styles, où des statues votives se mêlent aux dieux lares et l'amour du corps. Un peuple entier semble avoir oeuvré à ces étranges physionomies situées au-delà de la beauté. Pourtant cet univers sans borne est sorti de l'imagination d'un seul artiste, et le moulage de sa main droite exposée comme un petit fétiche dans une vitrine montre que la création déborde la matière et le corps. Si chaque homme porte la forme entière de l'humaine condition, alors Picasso a porté la forme entière de l'art.