Le mythe de Sisyphe revisité
A Biarritz, le Bellevue accueille les peintures de Pablo Elizaga qui forment une ode sobre et rigoureuse à la volonté humaine au prise avec l'absurdité du monde.
Les peintures de Pablo Elizaga exposées au Bellevue de Biarritz ne sont jamais ce qu'elles semblent être au premier regard. De ses tableaux aux apparences néo-folkloristes se dégagent l'étrangeté de figures et de paysages presque trop connus. Car les images de cet autodidacte comportent plusieurs niveaux de lecture qui en donnent la véritable mesure. Il ne s'agit jamais de représentation, mais des émotions de Pablo Elizaga, vécues au Pays basque ou ailleurs. Et si le peintre utilise autant les types basques, c'est pour mieux exprimer son ressenti, au profit de la force de l'art.
Ainsi la première oeuvre, "Fils de la mer", relève du réalisme magique avec cette baleine qui semble voler au-dessus des pêcheurs, symbole d'une paix à concrétiser entre l'homme et la nature, après l'époque des massacres. Plus généralement, avec des nuances sombres et des fonds noirs proches de Soulages, il s'agit d'une déconstruction des mythes héroïques en montrant l'individu qui affronte la souffrance, sinon l'isolement des membres de la diaspora basque dans le monde.
L'admiration de Pablo Elizaga pour Arteta, la peinture basque et les affichistes des années 30 aboutit à une figuration du Pays basque où la nostalgie se mêle à l'étrangeté du déjà-vu. Nous assistons à l'érosion entre le réel et l'imaginaire qui permet à un certain effroi de surgir. De plus, les ambivalences concertées du peintre font écho à la poésie surréaliste de Magritte.
Cette esthétique néo-basque fusionne avec les formes abstraites de la modernité et les figures humanistes de la Renaissance italienne, comme dans le triptyque Indarra où s'incarne la volonté des hommes au prise avec les forces telluriques. Résultat de vingt années de travail, les 51 oeuvres exposées sont à la gloire de la lutte tragique et de l'espoir : Pablo Elizaga peint une ode à la volonté face à l'absurdité du monde. Ainsi s'éclaire la citation de Kerouac placée à l'entrée du parcours : Seuls ceux qui sont assez fous pour penser qu'ils peuvent changer le monde y parviennent.