Un cinéma d'animation réunit l'art et l'utopie

Deux expositions mettent en avant le processus créatif d'Isabel Herguera dont le premier long métrage vient d'être récompensé par le prix du cinéma basque au festival international du film de Donostia.

Après l'ovation générale reçue le 24 septembre lors de la présentation de son premier long métrage d'animation au Zinemaldia, Isabel Herguera a obtenu le prix du cinéma basque dans sa ville de naissance. El Sueno de la Sultana a métamorphosé de facto le grand écran en véritable toile de maitre. La beauté de cette oeuvre inattendue repose autant sur l'imagination débridée que sur le travail technique faramineux, capable de faire vivre des personnages de fiction en quête d'un avenir meilleur. Actuellement deux expositions complémentaires présentent à Donostia l'univers magique de l'artiste qui a longtemps voyagé à travers le monde avant de réaliser une oeuvre singulière où le cinéma redevient cet art de rêver les yeux ouverts, mais aussi l'instrument pour envisager des sociétés justes, respectueuses de la dignité des femmes.

Après les beaux-arts de Bilbo, Isabel Herguera suit les cours de Nam Jun Paik à Dusseldorf, où une amie lui fait découvrir le cinéma d'animation à l'occasion d'un atelier pour enfants. " Cela m'a paru naturel. J'ai aussitôt compris que c'était l'outil idéal pour raconter des histoires. J'avais l'impression de redevenir une enfant qui jouait avec ses frères. Cela permet de construire ton univers, d'en être le véritable démiurge, parce qu'il est question de tout contrôler. " Isabel Herguera s'envole pour trois ans de cours dans le département d'animation de l'université de Californie, puis elle passe 10 ans à Los Angeles où elle assimile auprès des plus grands maitres les méthodes nécessaires pour réaliser une oeuvre d'animation professionnelle. Ce cinéma suppose suppose l'organisation de toute une production industrielle et "une discipline de fer".

La rétrospective de la galerie Arteko permet de découvrir les courts métrages d'Isabel Herguera. On peut y voir des aquarelles, des carnets de dessins, de nombreux plans reconstitués sur les murs et des oeuvres visionnées. Les dimensions artistiques et artisanales de ces travaux montrent l'ensemble des techniques assimilées avant de pouvoir réaliser un long métrage impliquant une centaine de personnes.

L'autre exposition, organisée par la Tabakalera, est focalisée sur El Sueno de la Sultana. Durant son séjour de dix ans en Inde, l'artiste a découvert le livre de Begum Rokeya (1905) qui raconte le voyage initiatique vers Ladyland, une utopie féministe où les hommes restent au foyer tandis que les femmes ont la charge des affaires publiques. Avec son mari et co-scénariste Gianmarco Serra, Isabel Herguera traite les thèmes du voyage, du désir et du rêve, nécessaires à la transformation du monde. Chaque scène du film implique une petite oeuvre graphique à laquelle s'ajoutent le son et la musique. Le cinéma d'animation nécessite un travail minutieux de composition afin que l'image emporte le spectateur dans cet univers imaginaire.

Pour ce projet issu de longues années de préparation, Isabelle Herguera tient beaucoup à remercier le soutien indéfectible des institutions culturelles du Guipuzkoa et celui de la Tabakalera qui lui a permis notamment de réaliser le fonds des scènes pour El Sueno de la Sultana.

Tout juste primée, Isabelle Herguera aimerait que l'imagination ait "un rôle plus essentiel pour comprendre et transformer le monde, à commencer dans la vie politique". Nul doute que la beauté de ses oeuvres insufflera le désir d'un avenir meilleur à un large public.

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