Le cinéma d'animation made in Euskal Herria

Le cinéma d'animation est devenu un élément moteur de la production culturelle basque. Dernier succès en date, Mon ami robot du bilbotar Pablo Berger vient d'obtenir le prix du meilleur film d'animation Européen 2023 à Berlin, une reconnaissance et une manne pour la société productrice Lokiz Films, basée en Navarre. Cette dernière récompense fait suite au prix du meilleur film basque au Zinemaldi de Donostia pour Le Rêve de la Sultane, en partie réalisée avec l'aide de la Tabakalera par Isabel Herguera. Présenté à Hambourg notamment et au festival de cinéma de Tokyo, l'un des plus importants d'Asie, le film de la donostiar a fait le tour du monde. Last but not least, Black is Beltza 2, Ainhoa de Fermin Murguruza est nominé aux Goyas 2023 pour les meilleurs effets spéciaux.

Plus qu'un divertissement populaire, le cinéma d'animation a obtenu ses lettres de noblesse dés lors que les festivals ont situé les oeuvres de Hayao Miyazaky au niveau des meilleurs films d'auteur. La dimension artistique et la créativité du film d'animation basque a été pour la première fois reconnue cet automne à Donostia, grâce à deux expositions qui ont montré les nombreuses étapes de la création d'un film à partir du travail d'Isabel Herguera. Cet art complet intègre effectivement des problématiques techniques et plastiques, des questions esthétiques attachées à différentes pratiques, le graphisme et la peinture, la sculpture et le décor, la création numérique et la vidéo.

La liberté à l'égard du réel dont jouit le cinéma d'animation est seulement limitée par l'imagination et les prouesses techniques. Capable de réinventer l'univers à partir de la page blanche, l'animation permet l'accès à l'un de ces fameux autres mondes possibles, apremi lesquels sont ceux que nous n'aurions pas imaginés tout seul. Alors l'oeuvre devient une prise de conscience, une critique sociale susceptible de nourrir l'espoir des luttes grâce à des perspectives inédites qui font contrepoids à un monde défini comme inéluctable par les puissances conservatrices. D'après son étymologie latine, le cinéma d'animation donne le "souffle", à savoir la vie. Une fois comprise la portée sociale de ce art, les salles obscures deviennent un lieu d'éveil qui invitent à semer les graines du cinéma d'animation pour récolter un meilleur avenir.

En ce sens, la dimension idéologique et le rôle joué par ces films dans la construction des consciences ont été soulignés par la polémique concernant les studios Disney, accusés de véhiculer des stéréotypes sexistes, racistes et d'autres encore. La firme américaine a ainsi proposé des personnages plus inclusifs qui ont entrainé de nouvelles polémiques, de sorte que Disney annonce revenir à des personnages et des histoires plus classiques, voire traditionnels.

Le cinéma d'animation basque a sa carte à jouer pour contrer l'hégémonie idéologiques des productions internationales. Au-delà de l'usage de l'euskara, il y a des thèmes particuliers à partager, comme en 2020, Lur eta Amets, ce voyage plein d'humour et d'aventures qui plongent le public  dans l'histoire basque. Le projet audiovisuel de Lotura films est justement de produire des animations liés aux particularités de la culture basque, sans pour autant l'y enfermer. Ainsi le diptyque Black is Beltza embrasse diverses régions du monde, de la Navarre aux Caraïbes, de Marseille au Proche Orient. Le cinéma d'animation basque puise sa vitalité à toutes les sources afin d'offrir au public local un supplément d'âme.

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