Des coachs basques et des clubs anglais
La reprise du championnat anglais de football est l'occasion d'analyser pour quelles raisons quatre entraîneurs de la Premier League sont originaires du Guipuzkoa.
Xabi Alonso sur le banc de Chelsea, Mikel Arteta pour Arsenal, Unai Emery avec Aston Villa, et Andoni Iraola à Liverpool : le succès exceptionnel des entraîneurs originaires du Gipuzkoa en Premier League n'est pas le résultat du hasard. Cette concentration de talents dans cette province basque d'environ 736 000 habitants s'explique par un modèle éducatif, une culture locale forte et des structures de formation d'élite capables de produire des entraineurs d'exception. La pratique du football dans le Guipuzkoa relève de quelques spécificités à éclaircir.
D'une part, les enfants nés dans la province doivent pratiquer d'autres sports comme le basket-ball, le handball ou le volley-ball, afin de développer leur intelligence spatiale, leur capacité athlétique et permettre de croiser différentes visions tactiques utiles dans le football. D'autre part, est-ce un hasard si Mikel Arteta, Xabi Alonso et Andoni Iraola ont pratiqué au sein du club amateur d'Antiguo, à Donostia ? Plus qu'ailleurs, le fait de jouer sur des terrains en béton aurait développé la solidarité et l'intelligence du jeu collectif. Dans leur parcours, le centre de formation de la Real Sociedad a en outre appliqué un principe qui vise à développer " la personne, pas seulement le footballeur". Formés ensuite à l'école du Guipuzkoa des entraîneurs, ils ont appri le football sur le modèle d'une science exacte. Plus généralement, la culture basque imprègnerait la manière dont les entraineurs communiquent avec leurs équipes anglaises, à travers la culture du travail, la valeur de la parole donnée et la franchise.
Chère aux anglais, la notion de l'underdog, celle du "petit" qui se bat contre des géants, est une autre caractéristique de la culture basque à prendre en compte. La position du challenger implique en effet l'esprit de groupe et la lutte collective. Or, cet esprit constitue la base du coopératisme industriel au Pays basque, car la force du groupe y prime et le respect est horizontal. N'ayant pas un ego surdimensionné, focalisé sur leur gloire personnelle, on peut s'attendre à ce que les entraineurs basques abordent chaque match avec la méfiance et la préparation minutieuse de l'underdog. Il est vraisemblable que cette culture de challenger résilient, combinée à une éducation d'élite, ait rendu ces entraîneurs capables de structurer leurs équipes anglaises et de lutter contre des rivaux puissants. Comme dans le football, les Basques se savent inférieurs en nombre et en ressources, il faut compenser par une organisation collective et un travail tactique supérieurs pour rivaliser au plus haut niveau. Les médias internationaux rappellent souvent le modèle unique de l'Athletic Bilbao, jouant uniquement avec des joueurs nés ou formés au Pays basque, entrainant ainsi une mentalité de solidarité.
Dans le monde du sport, le succès durable ne provient jamais du hasard ou de l'argent exclusisvement : il faut toujours un supplément d'âme, l'intervention de personnalités capables de gérer au mieux les relations humaines dans les vestiaires. La présence des entraineurs basques en Premier League semble indiquer que la réussite repose sur un faisceau de particularités, à savoir une identité culturelle locale forte (la prépondérance du collectif), une contrainte originelle (terrains en béton, manque de moyens par rapport à d'autres centres de formation), une méthodologie éducative partagée par l'ensemble de la communauté éducative du Guipuzkoa. Un esprit de gagnant.