Chasseurs de baleines

L'arrestation de Paul Watson au Groenland donne l'occasion de revenir sur l'histoire ambivalente de la chasse à la baleine par les basques, entre glorification et écologie.

Paul Watson a voué sa vie à la défense des créatures marines et à sa fondation Sea Sheperd. Depuis qu'il a choisi les actions directes au milieu des années 1970, le justicier des mers aurait sauvé plusieurs milliers de baleines en éperonnant ou coulant des navires. D'ailleurs la flotte japonaise est accompagnée d'un navire militaire et de trois hélicoptères pour répondre à ses campagnes contre les baleiniers. Sur la côte basque, de Bayonne à la Biscaye, le combat et les mésaventures de Paul Watson emprisonné depuis cet été résonnent avec un écho particulier.

Les baleiniers basques ont si bien dominé le commerce de la chasse à la baleine, des confins de l'Atlantique Nord jusqu'à l'Atlantique Sud, que les baleines franches furent surnommées “baleines basques”. Cette traque à la baleine pour le commerce de l'huile, de la graisse et de sa viande dura jusqu'à ce que le marché s’effondre en raison de la concurrence et de l’interdiction de naviguer dans certaines zones. Quoi qu'il en soit, l'industrialisation de cette chasse aurait entrainé l’extinction de la baleine franche au cours du 19ème siècle.

Le courage et la maitrise technique du pécheur basque en ont fait un des héros majeurs de notre histoire. De nombreux villages et villes de la côte représentent des baleines sur leurs blasons. En outre ce commerce fut propice aux échanges culturels. C'est en poursuivant les baleines à travers l'Atlantique Nord que les basques auraient découvert le nouveau monde un siècle avant Colomb. Dans les baies de Terre Neuve où ils transformaient la graisse de baleine en huile, les pécheurs utilisaient le basco-algonquin pour communiquer avec les indigènes. Et quand des navires chassaient au large de l'Islande après avoir traqué les baleines sur les côtes du Groenland, la présence régulière des pêcheurs entraina l'utilisation d'une langue véhiculaire : le basco-islandais.

A Pasaia, le musée d’Albaola raconte cette épopée à merveille. Le hangar abrite surtout la reproduction (en cours d'achèvement) du San Juan qui a sombré au large des côtes canadiennes, en 1565. On peut aussi découvrir comment les ingénieurs navals basques inventèrent des embarcations qui influencèrent la conception des bateaux dans le monde entier. La tradition métallurgique fournissait des appareils et des pièces destinées au dépeçage et à la chasse : enclumes, harpons, fusils à harpon… Plus généralement, des livres et des maquettes de bateau expliquent l'importance de la chasse à la baleine dans le développement économique et maritime du Pays basque.

Autre temps, autres moeurs. On doit à présent interroger le rôle des baleiniers basques dans la disparition de la baleine franche. En fait, il semble difficile de parler de surexploitation, car relativement peu de baleines étaient tuées : un cétacé attrapé tous les deux ou trois ans permettait à certains ports basques de conserver leur industrie. Les énormes profits engrangés par chaque prise s'expliquent par la valeur des produits de la baleine à l'époque. Néanmoins la technique de chasse consistant à capturer des baleineaux pour tuer la mère venue à son secours aurait joué un rôle non négligeable dans sa disparition dans le golfe de Gascogne.

Aujourd'hui, la nécessaire défense de l'environnement et de la biodiversité met en évidence l'ambiguïté du récit glorieux de la chasse à la baleine dans l’histoire du Pays Basque. Il serait peut-être louable que les descendants des baleiniers se rapprochent de la pétition en ligne (seasheperd.fr) pour empêcher l'extradition de Paul Watson vers le Japon où il encourt une peine de 15 ans d'emprisonnement, voire la perpétuité. Voici l'occasion de mettre un point d'honneur à l'histoire des basques et des baleines.

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